| Et j'ai rencontré
Saint-Rémy.
1942. Année charnière de la guerre. Isolé
depuis trois ans en Afrique du Nord, j'ai la possibilité
de rejoindre le sol de France en zone " libre ". Là,
grâce à mon ami le critique d'art Gaston Poulain, je
suis muni d'une mission bidon et je peux enfin voir par moi-même,
et non à travers la propagande vichyste, ce qui se passe
en métropole et surtout, je peux retrouver ma famille dont
le conflit m'a séparé.
Après des retrouvailles à Clermont-Ferrand suivant
les conseils du peintre Albert Brado, en juin pour retrouver un
peu de sérénité j'emmène ma mère
à Saint-Rémy. Nous descendons à l'hôtel
de Provence tenu par la chaleureuse madame Onde. Celle-ci offrait
une table végétarienne mais abondante bien arrosée
de vin du pays. Habituée à recevoir des artistes,
elle proposait à ceux qui manquaient de matériel les
vieux dépôts de leurs prédécesseurs,
et c'est ainsi que j'ai peint sur les toiles à l'enduit gris
laissées par... Derain. (...) |