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Et j'ai rencontré Saint-Rémy.
1942. Année charnière de la guerre. Isolé
depuis trois ans en Afrique du Nord, j'ai la possibilité
de rejoindre le sol de France en zone " libre ". Là,
grâce à mon ami le critique d'art Gaston Poulain, je
suis muni d'une mission bidon et je peux enfin voir par moi-même,
et non à travers la propagande vichyste, ce qui se passe
en métropole et surtout, je peux retrouver ma famille dont
le conflit m'a séparé.
Après des retrouvailles à Clermont-Ferrand suivant
les conseils du peintre Albert Brado, en juin pour retrouver un
peu de sérénité j'emmène ma mère
à Saint-Rémy. Nous descendons à l'hôtel
de Provence tenu par la chaleureuse madame Onde. Celle-ci offrait
une table végétarienne mais abondante bien arrosée
de vin du pays. Habituée à recevoir des artistes,
elle proposait à ceux qui manquaient de matériel les
vieux dépôts de leurs prédécesseurs,
et c'est ainsi que j'ai peint sur les toiles à l'enduit gris
laissées par... Derain.
Dans ce havre de paix je découvre des hommes étonnants
et réconfortants et un paysage loin de ce que les clichés
sur la Provence m'avaient laissé imaginer. J'en demeurai
intimidé et me risquai peu à la peinture.
Cette nature présentait une diversité surprenante,
entre l'aimable et le sévère, entre la plaine et les
Alpilles, et surtout un ciel remuant, capricieux, souriant ou coléreux
et ce même mouvement qu'on retrouve sur l'estuaire de la Seine,
mais celui-là, souvent dramatique.
En le contemplant, je pénètrais peu à peu cet
univers que Van Gogh a traduit avec tant de fidélité.
En octobre, je dus quitter Saint-Rémy. Pendant quatre ans,
les événements m'empêchèrent d'y retourner.
Enfin, en 1946, je retrouvai cet oasis. Les années sombres
m'avaient laissé très ébranlé et je
retravaillais surtout sur les aspects dramatiques du paysage.
C'est alors que j'apprends que le terrain où poussaient les
150 oliviers peints par Van Gogh lors de son séjour à
l'hôpital Saint Paul, allaient être détruits
pour laisser place à un lotissement... Je posséde
en tout et pour tout la somme nécessaire à l'achat:
je m'en porte acquéreur pour sauver le site qui depuis est
classé.
Vingt ans passèrent avant que je puisse faire construire
un mas discret, implanté de façon à ne pas
nuire aux oliviers de Vincent.
En me promenant entre les arbres, j'ai réalisé que
Van Gogh avait peint ces oliviers, à contre jour, au soleil
levant car séjournant au couvent de St Pau! il devait être
dos au couvent et adossé à son mur tourné vers
l'est.
Mon mas regarde vers l'ouest; installé devant ma cuisine,
je travaille au soleil couchant derrière St Paul sur l'envers
de ces oliviers rendus illustres par Van Gogh.
De mon coin, je n'ai pas à bouger, tout bouge autour de moi.
La lumière se transforme, dure ou douce, les couleurs lui
répondent du plus vif au plus tendre, les oliviers jouent
de leur feuillage argenté, leur tronc et leurs branches figurent
tantôt des êtres rudes et figés, tantôt
des danseurs entraînés par un rythme échevelé.
Quand je descends dans Saint-Rémy, cerné par son
boulevard circulaire, c'est le mouvement de la vie humaine qui m'entoure.
Les marchés du mercredi où les fruits et les légumes
rivalisent de splendeur colorée, les vendeurs et les acheteurs
aux tenues aussi chantante que leur accent joyeux.
En septembre reviennent les fêtes votives et le soir, sur
la place du marché, jeunes et vieux peuvent danser selon
leurs goûts et leurs possibilités! Comble du mouvement,
les jours où les taureaux et leurs gardians, se déchaînent
dans les rues devant une foule dont le courage frôle très
souvent la témérité.
Enfin, aux arènes, débordantes d'une assistance compétente
et enthousiaste se déroulent les jeux des " razzeteurs
" et des vachettes dont on ne sait qui s'amusent le plus.
Tous ces événements sont une source inépuisable
pour le peintre et le dessinateur qui dispose de techniques variées,
aptes à répondre à chacune des circonstances.
Je ne peux rester immobile à Saint-Rémy. Il arrive
que le ciel déchaîné, me contraigne à
une vraie lutte physique et mentale devant ma toile.
En Normandie, autre région privilégiée que
j'aime, je cours après les nuages qui remontent la Seine
d'ouest en est, créant sur la mer des reflets et des couleurs
à peine saisissables.
En Provence, je m'épanouis également, surtout dans
ce pays de Saint-Rémy dont la lumière est spécifique.
Est-ce dû à l'ancien fleuve qui, paraît-il,
inondait la plaine dans les temps anciens quand Rhône et Durance
cohabitaient ? Peut-être le ciel en a-t-il souvenir ? Aussi
d'est en ouest, les nuages suivent-ils l'ancienne route de l'eau.
Ce qui explique que, comme en Normandie, à Venise, à
New- York, à Abidjan, ces lieux gorgés d'humidité,
je peux à Saint- Rémy, sur ce motif apparemment immuable
: " Les oliviers devant St Paul " continuer ma chasse
à la lumière, aux nuages en mouvement aux reflets
mouvants... à la vie. Et pour moi, chaque toile est une nouvelle
aventure.
André Hambourg -
Octobre 1999.
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