André HAMBOURG

Né en 1909 à Paris - 1999.

André Hambourg

Et j'ai rencontré Saint-Rémy.

1942. Année charnière de la guerre. Isolé depuis trois ans en Afrique du Nord, j'ai la possibilité de rejoindre le sol de France en zone " libre ". Là, grâce à mon ami le critique d'art Gaston Poulain, je suis muni d'une mission bidon et je peux enfin voir par moi-même, et non à travers la propagande vichyste, ce qui se passe en métropole et surtout, je peux retrouver ma famille dont le conflit m'a séparé.

Après des retrouvailles à Clermont-Ferrand suivant les conseils du peintre Albert Brado, en juin pour retrouver un peu de sérénité j'emmène ma mère à Saint-Rémy. Nous descendons à l'hôtel de Provence tenu par la chaleureuse madame Onde. Celle-ci offrait une table végétarienne mais abondante bien arrosée de vin du pays. Habituée à recevoir des artistes, elle proposait à ceux qui manquaient de matériel les vieux dépôts de leurs prédécesseurs, et c'est ainsi que j'ai peint sur les toiles à l'enduit gris laissées par... Derain.
Dans ce havre de paix je découvre des hommes étonnants et réconfortants et un paysage loin de ce que les clichés sur la Provence m'avaient laissé imaginer. J'en demeurai intimidé et me risquai peu à la peinture.
Cette nature présentait une diversité surprenante, entre l'aimable et le sévère, entre la plaine et les Alpilles, et surtout un ciel remuant, capricieux, souriant ou coléreux et ce même mouvement qu'on retrouve sur l'estuaire de la Seine, mais celui-là, souvent dramatique.
En le contemplant, je pénètrais peu à peu cet univers que Van Gogh a traduit avec tant de fidélité.
En octobre, je dus quitter Saint-Rémy. Pendant quatre ans, les événements m'empêchèrent d'y retourner. Enfin, en 1946, je retrouvai cet oasis. Les années sombres m'avaient laissé très ébranlé et je retravaillais surtout sur les aspects dramatiques du paysage.
C'est alors que j'apprends que le terrain où poussaient les 150 oliviers peints par Van Gogh lors de son séjour à l'hôpital Saint Paul, allaient être détruits pour laisser place à un lotissement... Je posséde en tout et pour tout la somme nécessaire à l'achat: je m'en porte acquéreur pour sauver le site qui depuis est classé.
Vingt ans passèrent avant que je puisse faire construire un mas discret, implanté de façon à ne pas nuire aux oliviers de Vincent.

En me promenant entre les arbres, j'ai réalisé que Van Gogh avait peint ces oliviers, à contre jour, au soleil levant car séjournant au couvent de St Pau! il devait être dos au couvent et adossé à son mur tourné vers l'est.
Mon mas regarde vers l'ouest; installé devant ma cuisine, je travaille au soleil couchant derrière St Paul sur l'envers de ces oliviers rendus illustres par Van Gogh.
De mon coin, je n'ai pas à bouger, tout bouge autour de moi. La lumière se transforme, dure ou douce, les couleurs lui répondent du plus vif au plus tendre, les oliviers jouent de leur feuillage argenté, leur tronc et leurs branches figurent tantôt des êtres rudes et figés, tantôt des danseurs entraînés par un rythme échevelé.

Quand je descends dans Saint-Rémy, cerné par son boulevard circulaire, c'est le mouvement de la vie humaine qui m'entoure. Les marchés du mercredi où les fruits et les légumes rivalisent de splendeur colorée, les vendeurs et les acheteurs aux tenues aussi chantante que leur accent joyeux.
En septembre reviennent les fêtes votives et le soir, sur la place du marché, jeunes et vieux peuvent danser selon leurs goûts et leurs possibilités! Comble du mouvement, les jours où les taureaux et leurs gardians, se déchaînent dans les rues devant une foule dont le courage frôle très souvent la témérité.
Enfin, aux arènes, débordantes d'une assistance compétente et enthousiaste se déroulent les jeux des " razzeteurs " et des vachettes dont on ne sait qui s'amusent le plus.
Tous ces événements sont une source inépuisable pour le peintre et le dessinateur qui dispose de techniques variées, aptes à répondre à chacune des circonstances.

Je ne peux rester immobile à Saint-Rémy. Il arrive que le ciel déchaîné, me contraigne à une vraie lutte physique et mentale devant ma toile.
En Normandie, autre région privilégiée que j'aime, je cours après les nuages qui remontent la Seine d'ouest en est, créant sur la mer des reflets et des couleurs à peine saisissables.
En Provence, je m'épanouis également, surtout dans ce pays de Saint-Rémy dont la lumière est spécifique.

Est-ce dû à l'ancien fleuve qui, paraît-il, inondait la plaine dans les temps anciens quand Rhône et Durance cohabitaient ? Peut-être le ciel en a-t-il souvenir ? Aussi d'est en ouest, les nuages suivent-ils l'ancienne route de l'eau.
Ce qui explique que, comme en Normandie, à Venise, à New- York, à Abidjan, ces lieux gorgés d'humidité, je peux à Saint- Rémy, sur ce motif apparemment immuable : " Les oliviers devant St Paul " continuer ma chasse à la lumière, aux nuages en mouvement aux reflets mouvants... à la vie. Et pour moi, chaque toile est une nouvelle aventure.

André Hambourg - Octobre 1999.

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