Maurice MAZO

Né en 1901 à Mostaganem (Algérie) - 1989 à Nogent-sur-Marne

Maurice MAZO

Le ressort principal qui anime Maurice Mazo, qui détermine son caractère est celui de ses actions, qui provoque en lui un élancement perpétuel: c'est la Foi. La foi est une croyance établie sur les degrés de la métaphysique; elle élève les thèmes à ces hauteurs où ils sont débattus avec une énergie sans pareille, car cette énergie est celle de l'Amour. Une telle vertu, qui fut commune de la protohistoire à la fin du Moyen-Age, s'est dégradée après ces temps si bien qu'on ne la rencontre presque plus à notre époque. Un jour j'ai dit à Mazo : " Vous me faites du bien. " Je signifiais ainsi le profit que je tirais de lui, considéré comme un accumulateur de fidélité et de courage au service des principes de la civilisation méditerranéenne.

La foi agissante constitue un régime qui forme les champions de la pureté. Les hommes de cette discipline ne respirent que pour le triomphe de leurs idées. De leur poste avancé, bien au-dessus des nuages, ils défendent avant tout les conditions de la vie spirituelle, sur notre terre. Placés si loin, ils ne prennent pas conscience de leur propre entretien dans la société; mieux (ou pire) encore, pour monter au plus près de leur idéal, ils lancent des paquets de lest sous les espèces de bénéfices matériels, honorifiques et financiers, ne gardant pour eux, comme viatique, que l'orgueil de se croire gardiens d'une juste pensée.

Tous les mouvements de la foi sont accompagnés par le besoin de perfection. Puisque la chose que les croyants exaltent est parfaite, ils ont à cœur de la transmettre sous des formes parfaites. C'est ainsi que Maurice Mazo entra tout jeune dans la voie d'un travail assidu et réglé; son naturel poussait à s'engager dans le noviciat de l'église de l'Art. " J'ai eu de la chance ", me confia-t-il. En effet ses parents avaient de la fortune et approuvaient sa vocation. Grâce à leur généreuse tutelle, il prolongea très avant dans l'âge son apprentissage et ses expériences. A loisir il put faire le tour des maîtres anciens, s'instruire à travers l'Europe selon les chefs-d'œuvre. Il mena pendant vingt ans une sorte de dolce vita spirituelle dans les musées et autres sanctuaires de l'art. Pour manifester sa foi, il dispose surtout de deux moyens d'expression: la parole et le dessin. Ayant reçu le don de l'éloquence, il en comprit l'efficace et il la cultiva, tout en la soutenant par l'exercice de la musique. Il m'arrive de considérer Mazo comme un phénomène du verbe. Lancez le nom d'un grand artiste ou le mot qui indique une notion esthétique et aussitôt l'organisation intérieure de notre héros est sensibilisée; un ressort déclenche le mouvement de la pensée qui expose, par la voix, des propositions innombrables, lesquelles forment un fleuve dont le cours peut être dévié si vous prononcez un autre nom capital, et les paroles du fleuve couleront sans cesse car la source des idées qui les provoque est intarissable. Notons que Mazo fit maints discours comme professeur; il donna une conférence sur Cézanne à la Sorbonne; enfin il est l'un des orateurs les plus appréciés aux séances organisées tous les mois par la revue Le Peintre. J'estime qu'il produisit en langage parlé plusieurs volumes d'esthétique. Il y a du Don Quichotte en cet isolé dont les propos pointent contre les citadelles des seigneurs de l'absurde et qui s'époumone en prêchant dans les déserts intellectuels. La comparaison est accentuée par la silhouette allongée, très haut, le profit d'aigle et le regard ardent du redresseur de torts artistique.

L'autre expression majeure de Mazo est le dessin, c'est à dire1'écriture de l'artiste. Là encore l'impétuosité cherche à dominer, mais toujours elle est canalisée, régentée (non calmée) par la volonté sévère de 1a composition. Pour se témoigner, Mazo se sent plus à l'aise dans l'espace de la mythologie. De la sorte il s'affranchit des cercles terrestres et de leurs interdits. Il règne dans un monde sans complexes où la plume et le pinceau butinent en liberté. Il est le dessinateur des dieux, ses vénérables parents en création; dans leur séjour tout est pureté, et d'abord la volupté. Traits et lavis construisent en rafale des coins de paysages, puis la tornade s'arrête et s'ouvrent des silences de blancs parmi lesquels s'élève la chanson sensuelle des formes nues: être olympiens - ou comparses - et arbres, car ces derniers, géants, dressent leurs troncs et branches comme torses, bras et jambes en l'air vers le ciel. Il n'est point de ligne qui ne prête une intention décisive au sujet. Il y a le fil d'Ariane, qui conduit à travers les labyrinthes de hachures, et la courbe de définition des volumes. L'élégance méditerranéenne range sous sa loi certaines rondeurs et rudesses flamandes. Jamais la vulgarité ne touche les plus vifs ébats.

Mazo, ivre d'imagination, trouve son bonheur dans les forêts des dieux; il y est bien accueilli; il peut y travailler à loisir car il est considéré par ses hôtes qu'il portraiture (et par moi aussi, humble citoyen d'ici bas) comme l'un des plus beaux dessinateurs de notre temps.

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