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Le ressort principal qui anime Maurice Mazo, qui
détermine son caractère est celui de ses actions, qui provoque en
lui un élancement perpétuel: c'est la Foi. La foi est une croyance
établie sur les degrés de la métaphysique; elle élève les thèmes
à ces hauteurs où ils sont débattus avec une énergie sans pareille,
car cette énergie est celle de l'Amour. Une telle vertu, qui fut
commune de la protohistoire à la fin du Moyen-Age, s'est dégradée
après ces temps si bien qu'on ne la rencontre presque plus à notre
époque. Un jour j'ai dit à Mazo : " Vous me faites du bien. " Je
signifiais ainsi le profit que je tirais de lui, considéré comme
un accumulateur de fidélité et de courage au service des principes
de la civilisation méditerranéenne.
La foi agissante constitue un régime qui forme les champions de
la pureté. Les hommes de cette discipline ne respirent que pour
le triomphe de leurs idées. De leur poste avancé, bien au-dessus
des nuages, ils défendent avant tout les conditions de la vie spirituelle,
sur notre terre. Placés si loin, ils ne prennent pas conscience
de leur propre entretien dans la société; mieux (ou pire) encore,
pour monter au plus près de leur idéal, ils lancent des paquets
de lest sous les espèces de bénéfices matériels, honorifiques et
financiers, ne gardant pour eux, comme viatique, que l'orgueil de
se croire gardiens d'une juste pensée.
Tous les mouvements de la foi sont accompagnés par le besoin de
perfection. Puisque la chose que les croyants exaltent est parfaite,
ils ont à cœur de la transmettre sous des formes parfaites. C'est
ainsi que Maurice Mazo entra tout jeune dans la voie d'un travail
assidu et réglé; son naturel poussait à s'engager dans le noviciat
de l'église de l'Art. " J'ai eu de la chance ", me confia-t-il.
En effet ses parents avaient de la fortune et approuvaient sa vocation.
Grâce à leur généreuse tutelle, il prolongea très avant dans l'âge
son apprentissage et ses expériences. A loisir il put faire le tour
des maîtres anciens, s'instruire à travers l'Europe selon les chefs-d'œuvre.
Il mena pendant vingt ans une sorte de dolce vita spirituelle dans
les musées et autres sanctuaires de l'art. Pour manifester sa foi,
il dispose surtout de deux moyens d'expression: la parole et le
dessin. Ayant reçu le don de l'éloquence, il en comprit l'efficace
et il la cultiva, tout en la soutenant par l'exercice de la musique.
Il m'arrive de considérer Mazo comme un phénomène du verbe. Lancez
le nom d'un grand artiste ou le mot qui indique une notion esthétique
et aussitôt l'organisation intérieure de notre héros est sensibilisée;
un ressort déclenche le mouvement de la pensée qui expose, par la
voix, des propositions innombrables, lesquelles forment un fleuve
dont le cours peut être dévié si vous prononcez un autre nom capital,
et les paroles du fleuve couleront sans cesse car la source des
idées qui les provoque est intarissable. Notons que Mazo fit maints
discours comme professeur; il donna une conférence sur Cézanne à
la Sorbonne; enfin il est l'un des orateurs les plus appréciés aux
séances organisées tous les mois par la revue Le Peintre. J'estime
qu'il produisit en langage parlé plusieurs volumes d'esthétique.
Il y a du Don Quichotte en cet isolé dont les propos pointent contre
les citadelles des seigneurs de l'absurde et qui s'époumone en prêchant
dans les déserts intellectuels. La comparaison est accentuée par
la silhouette allongée, très haut, le profit d'aigle et le regard
ardent du redresseur de torts artistique.
L'autre expression majeure de Mazo est le dessin, c'est à dire1'écriture
de l'artiste. Là encore l'impétuosité cherche à dominer, mais toujours
elle est canalisée, régentée (non calmée) par la volonté sévère
de 1a composition. Pour se témoigner, Mazo se sent plus à l'aise
dans l'espace de la mythologie. De la sorte il s'affranchit des
cercles terrestres et de leurs interdits. Il règne dans un monde
sans complexes où la plume et le pinceau butinent en liberté. Il
est le dessinateur des dieux, ses vénérables parents en création;
dans leur séjour tout est pureté, et d'abord la volupté. Traits
et lavis construisent en rafale des coins de paysages, puis la tornade
s'arrête et s'ouvrent des silences de blancs parmi lesquels s'élève
la chanson sensuelle des formes nues: être olympiens - ou comparses
- et arbres, car ces derniers, géants, dressent leurs troncs et
branches comme torses, bras et jambes en l'air vers le ciel. Il
n'est point de ligne qui ne prête une intention décisive au sujet.
Il y a le fil d'Ariane, qui conduit à travers les labyrinthes de
hachures, et la courbe de définition des volumes. L'élégance méditerranéenne
range sous sa loi certaines rondeurs et rudesses flamandes. Jamais
la vulgarité ne touche les plus vifs ébats.
Mazo, ivre d'imagination, trouve son bonheur dans les forêts des
dieux; il y est bien accueilli; il peut y travailler à loisir car
il est considéré par ses hôtes qu'il portraiture (et par moi aussi,
humble citoyen d'ici bas) comme l'un des plus beaux dessinateurs
de notre temps.
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