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VARDANIAN OU LA MAGIE DES CHOSES
En marge du déluge d'expositions qui se succèdent, que l'on voit
et que l'on oublie dans les galeries parisiennes, il y a parfois
-rarement -des images dont la force évidente s'impose, s'insinue;
s'incruste dans l'esprit. Ces images deviennent obsédantes, une
sorte de magie les auréole, s'y soustraire est impossible. Tels
sont les, tableaux de Maxime Vardanian, né à Tachkent, mais vivant
à Paris depuis 1989.
L'artiste nous propose une superbe exposition de toiles nimbées
d'une sorte de surréalisme intime, proches à la fois de la magie
d'un Chagall et, parfois, dans les sujets, des premiers Picasso.
Mais surtout Vardanian est un excellent coloriste: sa palette chaude,
richement orientale redécouvre des harmonies oubliées, fait vibrer
les couleurs dans des raccourcis inédits. On ne retrouvera pas chez
Vardanian de ces pseudo-t~ouvailles de l'académisme contemporain
-minimaliste, conceptualiste - qui ne font que répéter des recettes
usées depuis Marcel Duchamp. N on, on trouvera ici bien plus qu'une
trouvaille, un appétit retrouvé pour ce qui fait la peinture; les
formes, les couleurs, des sujets, aussi, tour à tour gais ou inquiétants,
mais jamais indifférents.
Vardanian nous entraîne dans un monde tremblé, duveteux, comme
vu à travers un voile de fatigue ou d'alcool qui, curieusement,
rendrait plus profondes, plus intenses les couleurs. Dans ses tableaux
on y retrouve parfois ces objets qui fascinèrent et dégoûtèrent
l'artiste à son arrivée de Moscou: fruits splendides, bouteilles
d'alcool, tasses flottantes sur la table comme les nénuphars de
Monet. Mais alors qu'un autre peintre aurait fait de cette abondance
une accumulation vulgaire, les objets, sous la touche fme de Vardanian
acquièrent une étonnante poésie.
Régis Gayraud
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