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Les climats de Woda
Woda peint des paysages fluides, mouvants, simples, fluctuants, flottants,
presque insaisissables, à peine entrevus. Ils sont sereins, paisibles,
modérés, quiets. Vous percevez les bois dormants, les collines calmes,
les nuages que nul vent n'agite, des monts lointains. La ligne de
l'horizon est basse. Souvent, vous découvrez une scène champêtre
d'une vue plongeante. Plus rarement, un arbre immense et brumeux
se dresse au premier plan.
Chaque paysage de Woda devient une unité que l'eau, la terre et
l'air mêlés rassemblent. En des songes du loisir et de l'immobilité
heureuse, les trois éléments se conjuguent, se marient, se fusionnent.
Chaque paysage serait une harmonie mélancolique, un agencement équilibré,
une douceur, une composition désirée.
Woda, peintre et graveur, serait, en quelque sorte, un météorologue
inaccoutumé. Il invente des climats rares et ensorcelants, des atmosphères
imprévisibles, des ambiances insolites et aimables. Il imagine des
pays de rêve, des campagnes séduisantes, des territoires accueillants,
des sites agréables.
Woda suggère des " paysages choisis ". Un tableau limité donne
à voir le cosmos, ses énergies, ses souffles et il dépasse les mesures
de l'espace et du temps.
Chaque paysage de Woda est une idylle, une pastorale. Chaque site
est un petit paradis, un domaine ignoré, un pays mystérieux.
L'immense ciel et ses nuages longs, les lueurs secrètes, les feuillages
énigmatiques des arbres voilés, les montagnes et les coteaux incertains
inspirent une nostalgie imprécise, un désir d'on ne sait quoi.
Devant les peintures et les estampes de Woda, vous devinez un
" arrière-pays ". Vous pouvez lire L'arrière-pays (Skira, 1972)
du poète Yves Bonnefoy : " L'invisible et le proche se confondent
; l'ailleurs est partout, le centre à deux pas peut-être : je suis
longtemps sur la voie… ". Alors, le " là-bas " et l'" ici ", le
distant et l'intime se tissent…
Et, lorsque Woda peint un paysage, il évoque vaguement la nudité
d'une femme, ses formes concaves et convexes. Ou bien, lorsqu'il
représente une femme nue, il suggère des collines douces ou des
vallées tendres. La peinture de Woda révèle la chair du cosmos.
Gilbert Lascault
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